Archives mensuelles : novembre 2014

Macabre correspondance

Ci-dessous la copie d’une lettre trouvée dans la correspondance municipale de St-Omer :

Messieurs les Commissaires de police m’ont porté leur plainte sur les difficultés qu’ils ont eu avec l’exécuteur des hautes œuvres, lors de la dernière exécution du condamné à mort, pour enlever et faire disparaître les traces de sang coulé en-dessous de l’échafaud. Ce dernier s’est permis de dire que, pour cette fois seulement, il ferait cet enlèvement, et qu’il ne le ferait plus à l’avenir, motivé sur ce que l’exécution faite, il abandonnait le cadavre et que son travail était fini.

Vous conviendrez qu’il répugne à la nature de voir un spectacle aussi désagréable, et qu’aucune personne ne se prêtera à le faire disparaître. Vous en devinez facilement les motifs.
Si l’exécuteur fait dresser l’échafaud, il doit le faire démonter et par suite faire disparaître toutes les traces de l’exécution.

Je vous prie, Monsieur, de statuer sur ces objets, afin d’éviter de nouvelles plaintes.

(Lettre du 11/02/1808 au procureur impérial près de la Cour de Justice criminelle du Pas-de-Calais – n° 2058)

La peine de mort n’est toujours pas abolie dans des pays comme les Etats-Unis, la Chine et des terroristes se plaisent à décapiter.

Billet d’humeur

Toutes les semaines, des alertes Geneanet me signalent des ancêtres supplémentaires. En fait, il s’agit d’erreurs consciencieusement recopiées par des internautes. L’une de ces erreurs concerne les parents d’Anthoinette ALEXANDRE, la femme de Raul (Roland) ALEXANDRE, prénommé à tort Pierre. Dans les recherches que j’ai effectuées dans différents centres d’archives, j’ai trouvé quelques actes concernant Anthoinette ; mais aucun ne m’a permis d’établir la filiation d’Anthoinette. Certains lui ont attribué comme père un Guillaume DELEPOUVE. J’ai tenté sans succès d’obtenir un justificatif auprès de la première personne ayant diffusé l’information sur le Net ; mais cette personne ne se rappelait pas de l’origine de la donnée. Comme, il y a des contrats de mariage mentionnant un Guillaume DELEPOUVE de Herbelles, je suppose que un généalogiste en aurait déduit qu’Antoinette était fille de Guillaume ; mais, dans les centièmes de 1569, maintenant consultables sur le site numérique des Archives départementales du PdC, outre Raul ALEXANDRE, il y a, à Herbelles, deux DELEPOUVE, Guillaume et Philippe, et dans les environs un certain nombre de DELEPOUVE. Il y a quelques temps, j’ai vu apparaître Anthoinette, fille de Guillaume et de Marie LELAID. Or, il y a un couple Guillaume DELEPOUVE x Marie LELAID, non pas au 16ème, mais au 17ème siècle. Et, maintenant, il y a plus d’une trentaine de sites Internet reproduisant cette filiation. Et, cette semaine, sur un site collectionnant plus de 200 000 personnes, j’ai vu cette erreur, que je suppose résulter d’un mauvais copier-coller, à nouveau reproduite…

La fréquence d’une donnée sur Internet ne peut être considérée comme une preuve de sa validité. Lorsqu’une alerte Geneanet est susceptible de me faire découvrir un nouvel ancêtre et si la source indiquée n’est pas suffisante pour vérifier l’information, je prends contact avec celui qui a déposé sur Internet la donnée.

Questions sur les HOCHART

Une question vient de m’être posée sur la filiation de Louis HOCHART, marié à Jenne FIOLET. Etait-il fils de Martin HOCHART et de Françoise TARTARE ou de Jehan et de Barbe BACQUELET ?

Cette question m’intéressait, ayant des HOCHART dans mon ascendance et que j’avais tenté de rattacher sans succès au couple Martin HOCHART x Françoise TARTARE. Je regardai donc dans les relevés d’Yves LEMAIRE, de Philippe DERIEUX et dans ceux que j’ai personnellement effectués. Un contrat de mariage du Gros des Notaires de St-Omer en date du 9/4/1740 (n° 54) entre Gilles LAGNEAU et Marie HOCHART, fille de feu Louis, laboureur à Coubronne. Dans les apports de Marie, il y avait la 4ème part de la vente mobilière après le trépas de Jean HOCHART son’ père grand’ et une somme due par ses tuteurs, après un rachat fait par son père après le décès de Jenne FIOLET, sa mère.

Donc, Marie HOCHART était fille de Louis et de Jenne FIOLET et petite-fille de Jean.

En poursuivant mes recherches, je m’aperçus d’une incohérence : la reconnaissance du 6/10/1648 (n°97) par Gilles LAGNEAU, dont la femme était fille de feu Louis HOCHART, indiquait que Louis était fils de Martin. Un autre acte du Gros de St-Omer, l’obligation du 22/6/1649 (n°222) relative à une vendue après le trépas de Martin précise que Gilles LAGNEAU était l’un des quatre héritiers de Martin TARTARE. Dans le contrat de mariage cité plus haut, il était fait mention de la 4ème part d’une vente mobilière. Etait-elle celle concernée par cette obligation ? Faute d’autres éléments, il est difficile de conclure. Il se peut qu’il y ait une erreur dans e contrat de mariage, ou dans le relevé. Une autre hypothèse, le ‘père grand’ serait l’arrière grand-père…

En tout cas, d’après les différents actes du Gros que j’ai pu trouver, et les cueilloirs et terriers d’Ecques, Martin avait quatre enfants :

  1. Louis, marié à Jenne FIOLLET (fille : Marie, mariée à Gilles LAGNEAU)
  2. Jean, marié à Antoinette GOIDOU (fils : Antoine, marié à Isabeau BOUY)
  3. Anne, mariée à Jehan DUCASTEL
  4. Martine, mariée à Nicolas MERLEN

Après une recherche dans le Gros, j’ai regardé sur Internet. Et j’ai trouvé un site présentant Louis HOCHART, mari de Jehanne FIOLET et fils de Jehan et de Barbe BACQUELET. Il y avait une note justificative avec une source ‘Les familles anciennes de l’audomarois’ – P. DAUDRUY et H. LORGE 1988, ce qui m’a amené à regarder l’ouvrage, dans lequel un chapitre est consacré aux HOCHART. Les auteurs de l’ouvrage sont prudents et utilisent le conditionnel en indiquant que Pierre HOCHART, devenu bourgeois de Saint-Omer, serait père de Martin HOCHART, laboureur à Heuringhem, et de Jehan HOCHART d’Ecques. Ce dernier est ensuite donné comme père de Loys, mari de Jehanne FIOLET. Il est fait référence au contrat de mariage cité plus haut avec la précision suivante ‘Jehan, mort trois mois avant le siège d’Heuringhem’ (deux relevés donnent donc Jehan et non Martin). Par contre, il n’est pas fait mention de Barbe BACQUELET, femme de Jehan HOCHART.

L’ouvrage de DAUDRUY et LORGE fait apparaître plusieurs enfants de Louis et de Jenne FIOLET. Je suis toutefois dubitatif, aucun élément ne justifiant le lien. D’après les actes du Gros trouvés dans le Gros : Marie était après 1640 la seule héritière de Louis HOCHART. En ce concerne le couple Jehan HOCHART x Barbe BACQUELET, il y a deux actes intéressants dans les relevés de Philippe DERIEUX : tout d’abord le contrat de mariage du 28/05/1583 (n°17) entre Jehan HOCHART, bourgeois, demeurent à St-Omer, et Barbe BACQUELER, veuve de Jehan COINTEREL et un accord en date du 17/10/1583 entre une sœur utérine de Barbe, Amande AUBRON, âgée de 60 ans, et Jehan HOCHART, à propos de la succession de la défunte Barbe BACQUELER, d’où la conclusion que Barbe était décédée sans enfant.

Toujours sur Internet, Marin TARTARE, bailli d’Heuringhem, apparaît, sans aucun élément justificatif, comme père de Gérard HOCHART, mari d’Isabeau CRESPIN, qui est tantôt de Gouy-en-Ternois, tantôt de Gouy-en-Artois (il y a cinq communes dans le Pas-de-Calais comportant le patronyme Gouy !). Ces communes sont situées dans le sud de l’Artois (Gouy-en- Ternois est situé à 43 km d’Heuringhem). Dans ma généalogie, j’ai un ancêtre Jean-Baptiste LARIVIERE, né en 1700 à Bouret-sur-Canche, et décédé en 1780 à Racquinghem (entre Bouret et Gouy-en-Ternois, il y a à vol d’oiseau 9 km). Le déplacement ente Heuringhem et Frévent ne peut être exclu : il faudrait toutefois disposer d’un justificatif (dans le cas des LARIVIERE, ce sont des informations issues des registres BMS). D’après les actes relatifs à la succession de Martin HOCHART, l’hypothèse que Gérard, de Gouy, soit fils de Martin, d’Heuringhem, me paraît invraisemblable. Sauf preuve du contraire, ce serait l’une des multiples erreurs véhiculées sur le Net.

La généalogie, comme dans toute science, nécessite une approche critique et implique de vérifier toute donnée.

(L’ouvrage sur les patronymes en Artois en 1569 montre qu’il y avait des HOCHART un peu partout.)

Une lettre du maire de St-Omer

En poursuivant à la Bibliothèque de St-Omer la lecture des registres de la correspondance municipale, j’ai trouvé la copie d’une lettre du maire de St-Omer au ministre de la justice en date du 30 pluviôse de l’an 13 :

La lettre que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’adresser le 24 de ce mois me force à recourir de nouveau à votre justice pour dissiper les fausses inculpations que l’on a dirigées à ma charge.

Qu’il me soit permis de mettre sous les yeux de votre excellence la conduite que j’ai tenue à l’occasion du Mariage de M/ LEVAILLANT.

Mr LEVAILLANT m’a présenté à la vérité le consentement de son père et copie de votre lettre à lui adressée portant que, dans le cas du dissentiment entre les père et mère, le consentement du père suffisait.

Plein de respect pour votre décision, je n’aura pas manqué de procéder à la célébration de son mariage, s’il ne m’avait pas observé que madame sa mère était divorcée et qu’en conséquence son consentement était inutile, puisqu’elle avait convolée à de secondes noces.

Religieux observateur des lois et ne trouvant dans le Code Civil aucun article qui peut s’appliquer à cet imprévu dans lequel se trouvait M.LEVAILLANT, je lui dis que pour éviter tout compromis et pour mettre ma responsabilité à l’abri de tout reproche, je désirais prendre l’avis d’un jurisconsulte.

L’avis du jurisconsulte était qu’il fallait le consentement de la mère ; pour lever toute difficulté, je lui proposai d’en référer à Votre Excellence. Il y consentit, ce qui a motivé ma lettre du 1er thermidor an 12.

Il convient qu’il différerait son mariage jusqu’à votre décision, et pour lui prouver ma franchise et ma bonne foi, je lui donnai copie de ma correspondance.

Il en fut satisfait et me dit qu’il allait écrire par le même courier, pour hâter une prompte décision,

Mais quelle fut ma surprise, lorsque le lendemain 2 thermidor, Mr LEVAILLANT accompagné d’un huissier et deux témoins me fit sommation d’indiquer le jour et l’heure auxquels il pourrait se rendre au bureau des actes Civils pour rédiger l’acte de mariage. Je me contentai de lui rappeler la promesse qu’il avait faite la veille d’attendre votre décision.

IL se retira et ne reparut plus : ma surprise devint bien plus grande lorsque j’appris qu’il avait quitté cette ville pour se rendre à Calais, où sans égard à la parole qu’il m’avait donnée, il contracta mariage.

Je lui avais cependant promis qu’aussitôt votre décision reçue, je procéderai à la célébration de son mariage. Il me dispensa de faire cette démarche auprès de lui, car il était marié avant l’arrivée de votre lettre du 18 thermidor an 12 que j’ai reçue le 21, ce qui est prouvé par l’acte civil passé à Calais le 20 thermidor, même année.

Je devais cette explication franche et loyale à Votre Excellence. Le poste honorable qui m’est confié m’impose le devoir rigoureux de dissiper tous les nuages qui peuvent porter atteinte à une fonction et altérer la confiance si nécessaire pour bien administrer.

J’ose espérer que vous daignerez accueillir favorablement ma justification.

Ci-dessous le lien à l’acte de mariage retrouvé sur le site en ligne des Archives Départementales du Pas-de-Calais

http://archivesenligne.pasdecalais.fr/ark:/64297/34b2563a6ff761d1

François Antoine Emmanuel LEVAILLANT, natif de Lunéville et capitaine attaché à l’état-major général du ministre de la Guerre, voulait se marier à la fille d’un négociant de St-Omer. Il était alors âgé de 29 ans. Une recherche sur Internet m’a permis de découvrir une très intéressante page sur son père, qui avait été explorateur et qui a publié quelques ouvrages ‘Voyage dans l’intérieur de l’Afrique’, ‘Histoire naturelle des perroquets’,… 

http://www.scricciolo.com/Nuovo_Neornithes/Levaillant.htm

Dans l’acte de mariage de mes grands-parents paternels, il est mentionné que mon grand-père avait ‘déclaré à serment, conformément à la loi du 21/06/1907, qu’il se trouve dans l’impossibilité de produire l’acte mortuaire ou la preuve de l’absence de sa mère faute de connaître le lieu de son décès et celui de son dernier domicile‘ (ses parents étaient divorcés…). Les lois avaient évolué.